Le mentorat. Je n'ai jamais cherché de mentor. Et pourtant...

Dernière mise à jour : 28 août
Je n'ai jamais fait de démarche pour trouver un mentor. Pas de recherche méthodique, pas de message LinkedIn envoyé à quelqu'un que j'admirais, pas de programme d'accompagnement payant. Rien de tout ce qu'on lit habituellement sur le sujet.
Et pourtant, en regardant en arrière, j'en ai eu. Plusieurs.
J'ai eu la chance de grandir avec des entrepreneurs à succès dans ma famille proche. Ce n'est pas un mérite, c'est un hasard de naissance. Mais ce hasard a un effet qu'on sous-estime : mon cercle social s'est naturellement rempli de gens qui entreprennent. Pas parce que je les ai cherchés. Parce que c'était déjà là, autour de moi, avant même que je comprenne ce que ça signifiait.
Tout le monde autour de soi ne mentore pas
Je veux être précise sur un point, parce que c'est là que beaucoup d'articles sur le mentorat vont trop vite. Être entourée d'entrepreneurs ne veut pas dire être entourée de mentors.
Certaines personnes de mon entourage, malgré leur réussite, ne partagent presque rien. Ni leur savoir, ni leurs échecs, ni la mécanique réelle derrière leurs résultats. La réussite peut être visible sans jamais être transmise. Ce n'est ni un jugement ni un reproche, tout le monde n'a pas envie ou le temps d'enseigner ce qu'il sait.
D'autres, en revanche, le font sans même y penser. Ce n'est pas une posture de mentor qu'ils endossent. C'est juste devenu un réflexe, presque une façon de parler.
Le vrai ingrédient, ce n'est pas le statut. C'est la conversation qui dérive naturellement.
Ce qui a compté le plus dans mon parcours, ce n'est jamais une session structurée avec un ordre du jour.
C'est le dîner de famille où la conversation glisse, sans qu'on le décide, vers une décision business que quelqu'un vient de prendre.
C'est l'apéro entre amis où on ne se contente jamais de prendre des nouvelles, parce que l'entrepreneuriat fait partie du quotidien de tout le monde autour de la table, donc il finit toujours par s'inviter dans la discussion.
Plus jeune, quand les conversations des aînés dérivaient vers le business, je soupirais intérieurement, et parfois à voix haute. Olala, ça y est, ils vont encore parler boulot ! Aujourd'hui c'est exactement l'inverse. Je ne classe plus les conversations du quotidien et celles qui glissent vers le business sur deux niveaux différents, l'une plus légère, l'autre plus sérieuse. Parler d'une journée, d'un repas, d'un film peut être tout aussi précieux, parfois tout aussi inspirant, qu'une conversation professionnelle. Ce que j'apprécie, c'est simplement le moment où la discussion se déplace vers autre chose, sans que ce soit prévu. Et ce n'est même pas toujours du business, d'ailleurs. C'est tout ce qui en découle naturellement : les échecs, les peurs qu'on n'avoue à personne d'autre, les réussites qu'on minimise en public, la santé mentale, les épreuves qu'on a fini par surmonter.
Visiblement, on ne choisit pas à quel âge on devient soi-même cette personne insupportable qui relance la conversation sur "le boulot".
Personne n'appelle ça du mentorat sur le moment. C'est juste une conversation. Mais l'accumulation de ces conversations, année après année, a autant compté pour moi qu'un programme d'accompagnement structuré aurait pu le faire. Les deux ont leur place, ce n'est pas l'un contre l'autre.
Et je précise, parce que ce serait dommage de s'arrêter là : rien de tout ça n'est réservé à l'entrepreneuriat. Que vous dirigiez une entreprise, gravissiez les échelons dans une organisation, exerciez un métier salarié, ou envisagiez une reconversion, le même mécanisme s'applique. Un collègue plus expérimenté qui partage sans y penser, un supérieur qui explique le pourquoi derrière une décision plutôt que juste le quoi, une amie dans un tout autre secteur qui vous pose la bonne question au bon moment. Le mentorat n'a pas de carte professionnelle à vérifier à l'entrée.
Ce que ça veut dire pour vous, si vous n'avez pas eu cette chance
Je ne raconte pas ça pour dire que le mentorat classique ne sert à rien, ni pour minimiser ce que d'autres construisent en cherchant activement un mentor. Ça fonctionne aussi, autrement.
Mais si votre entourage direct ne parle jamais de ce qui vous préoccupe professionnellement, la question à se poser n'est peut-être pas "comment je trouve LE bon mentor", façon recherche du partenaire idéal.
C'est plutôt : comment je me rapproche d'endroits où ces conversations ont lieu naturellement, pour que l'apprentissage devienne ambiant plutôt que ponctuel. Que votre parcours soit entrepreneurial, salarié, ou en pleine transition.
Ça peut vouloir dire rejoindre une communauté où votre domaine est le sujet par défaut, pas l'exception.
Ça peut vouloir dire multiplier les échanges informels plutôt que d'attendre LA rencontre qui change tout.
Le mentorat le plus puissant n'est pas toujours celui qu'on formalise. C'est celui qui s'installe parce qu'on a fini par se retrouver, encore et encore, entourée de gens pour qui ce que vous cherchez à construire est une évidence.
Je n'ai rien cherché. Mais j'ai fini par comprendre que ce que j'avais reçu sans le nommer, d'autres devaient le construire activement. Et c'est très bien aussi.
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