Stratégie ou identité : la vraie question derrière votre business
- Malaïka

- il y a 1 jour
- 6 min de lecture
Chaque matin, je lance un livre audio sur la chaîne Spotify The Millionaire Library, que je vous encourage à écouter. Petit clin d'œil au passage : je ne sais pas si écouter des livres audio sur la philosophie et le mindset me rendra millionnaire, ce n'est de toute façon pas l'objectif de la démarche, même si le titre de la chaîne est aguicheur. Le but, c'est de nourrir son esprit par différents canaux, différents médiums, et celui-ci me plaît particulièrement en ce moment.
Je l'écoute en me préparant, puis dans la voiture, sur le chemin du bureau. Certains passages sont tellement denses que je dois mettre sur pause, en pleine circulation, pour noter une idée sur mon téléphone avant de l'oublier. C'est arrivé encore la semaine dernière, arrêtée à un feu rouge, en plein Code Secret de Salomon, sur le chapitre qui parle de la mort de l'ego et de la naissance du roi. J'ai tapé trois mots, vite, avant que le feu ne passe au vert : Stratégie vs Identité.
Ça fait des mois que je n'ai pas publié ici. Parce que la vie. Parce que je ne me mets pas de pression de calendrier éditorial. J'ai besoin d'être dans un état d'esprit particulier pour écrire, de vivre des choses, d'en écouter d'autres, et parfois de ne rien faire du tout, juste pour m'écouter penser, enfin. Et vous partager ce qui, j'espère, vous servira.
Alors voilà ce qui m'occupe l'esprit en ce moment, et plus j'y pense, plus je crois que c'est l'angle mort de la plupart des personnes qui se lancent.
Donnez la même stratégie à deux personnes différentes. Le même plan, les mêmes étapes, les mêmes outils. Vous obtiendrez deux résultats différents. Parfois très différents. Ce n'est pas la stratégie qui a changé, c'est la personne qui l'exécute. La stratégie, c'est ce que vous faites. L'identité, c'est qui vous êtes en train de devenir en le faisant. Et on passe un temps fou à peaufiner la première, en négligeant complètement la seconde.
Il y a une version de ce problème encore plus sournoise, et je pense que beaucoup d'entre nous s'y reconnaîtront. On ne se contente pas de négliger l'identité, on s'en sert parfois pour se cacher, sans même s'en rendre compte. On cherche la stratégie parfaite. Le plan qui ne laisse aucune place à l'erreur.
Le positionnement idéal, le moment idéal pour lancer. On peaufine, on retravaille, on repousse d'une semaine encore, « le temps d'affiner ».
Sauf que cette recherche de perfection devient souvent un refuge. Tant que le plan n'est pas parfait, on n'a pas encore à l'exécuter. Et tant qu'on ne l'exécute pas, on ne risque pas l'échec. On se protège derrière la préparation.
Le perfectionnisme stratégique, c'est parfois de la peur de l'échec déguisée en rigueur. Et à force de reporter l'échéance, on finit quand même par se retrouver face à ce qu'on essayait d'éviter : soit un échec, parce qu'on a fini par lancer trop tard, épuisée d'avoir trop attendu, soit la peur elle-même, intacte, jamais affrontée, simplement remise à plus tard.
Ça s'est encore confirmé la récemment. Un client est venu me voir pour être accompagné sur le lancement d'un projet resté en pending depuis plus d'un an. En l'écoutant, j'ai vite compris que le problème n'était ni structurel, ni stratégique. Il avait sollicité l'avis d'une dizaine de personnes différentes, épuisé les moodboards Pinterest et les comptes Instagram de ses concurrents, et accumulé une centaine de devis, j'exagère à peine. Il revenait aussi plusieurs fois sur ses concurrents, non pas pour les benchmarker, mais sur des aspects plus triviaux que je ne détaillerai pas ici. Une fois toutes ces informations digérées, j'ai compris que le vrai problème n'était pas dans le plan. C'était son identité, son but réel, sa fragilité émotionnelle, sa peur.
Il y a une autre dérive, plus discrète encore, et celle-ci me touche personnellement. On finit par se définir par ce qu'on produit. Notre utilité, notre performance, notre productivité deviennent la mesure de notre valeur. Et la question de qui on est vraiment, en dehors de ce qu'on accomplit, passe au second plan. C'est une pente facile à descendre, surtout dans l'entrepreneuriat. On mesure sa semaine en tâches cochées, son mois en chiffre d'affaires, sa valeur en comparaison avec ce que les autres semblent produire. Et un jour, sans trop savoir comment, on ne sait plus très bien qui on est quand on ne produit rien.
Mais l'identité qui tient dans la durée n'est pas celle qu'on loue à sa productivité. C'est celle qui reste, même un jour où rien n'a été accompli. Une identité empruntée à la performance s'effondre à la première pause forcée, une maladie, une saison creuse, un échec. Une identité assumée survit à ces moments-là, parce que la personne derrière n'a pas besoin de produire pour exister.
Et puis il y a la question de ce qu'on poursuit réellement. Beaucoup poursuivent le succès à travers l'accumulation. Plus de revenus, plus de clients, plus de reconnaissance visible. Cette poursuite, prise seule, éloigne souvent du véritable objectif plutôt que d'en rapprocher. Ce que j'entends, épisode après épisode, mais aussi auprès de mes mentors, chez les personnes qui ont réellement réussi, dans n'importe quel domaine, ce n'est jamais « je voulais accumuler ». C'est « je voulais créer », « je voulais bâtir quelque chose qui dure », « je voulais transmettre ». La richesse, quand elle vient, est une conséquence de cette poursuite-là. Rarement l'inverse.
Et ce n'est pas propre au business, d'ailleurs. C'est exactement pour ça que ce blog s'appelle Beyond Business. Le même mécanisme se joue dans à peu près tous les domaines de la vie.
Le régime qu'on abandonne au bout de deux semaines, pas parce qu'il était mauvais, mais parce qu'on continue de se voir comme quelqu'un qui n'a pas de discipline. La relation qu'on répète, sous une forme différente, avec une personne différente, parce que ce qu'on n'a pas encore changé, ce n'est pas le partenaire, c'est l'histoire qu'on se raconte sur ce qu'on mérite. L'habitude qu'on n'arrive jamais à ancrer, malgré la meilleure méthode du monde, parce qu'au fond, on ne s'est jamais vue comme quelqu'un qui la tient.
La stratégie change de nom selon le domaine. Plan marketing, programme sportif, méthode de rangement, discipline de vie. Mais le principe reste le même : elle ne prend jamais racine tant qu'elle n'est pas portée par une identité qui lui correspond déjà, ne serait-ce qu'un peu.
Tout ça converge vers la même conclusion, je crois.
Une stratégie s'effondre rarement parce qu'elle était mauvaise sur le papier.
Elle s'effondre parce que la personne qui devait la tenir n'était pas encore devenue celle qui pouvait le faire, ou parce qu'elle servait un objectif qui n'était pas le bon depuis le départ. La stratégie ne peut pas dépasser l'identité qui la porte. Et même nécessaire, elle reste inutile sans une identité forte et assumée derrière elle.
Ça ne veut pas dire qu'il faut abandonner la stratégie, elle reste indispensable, que ce soit pour un lancement de produit ou pour une résolution de janvier. Mais avant de se demander quelle est la bonne méthode, deux questions méritent d'être posées en premier, et elles valent pour le business comme pour le reste. Quelle version de moi-même cet objectif exige-t-il ? Et est-ce que je cherche à créer et à bâtir quelque chose, ou est-ce que je cherche seulement à accumuler ?
Le business ne se construit pas seulement à coup de tactiques. Il se construit aussi en travaillant qui vous êtes en train de devenir, en même temps que ce que vous faites.
Quelle stratégie avez-vous repoussée récemment, non pas parce qu'elle n'était pas prête, mais parce que vous n'étiez pas encore prête à l'exécuter ? Que ce soit un lancement, une reconversion, une rupture à assumer, une habitude à tenir, ou une conversation que vous évitez depuis trop longtemps.
Dites-le en commentaire. Et si un passage de ce que vous écoutez ou lisez en ce moment vous a marquée comme celui-ci m'a marquée, partagez-le aussi. C'est exactement pour ça que ce blog existe.
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